Le nouveau décret ... pour LES NULS !
Françoise
Vanesse, fibbc
Non, il ne s’agit pas d’un nouveau titre de livre ! Mais bien du
slogan humoristique qu’avait choisi la Présidente de l’APBD,
Laurence Boulanger, pour convier les bibliothécaires à une séance
d’information sur le nouveau décret organisant la Lecture publique.
Une centaine de participants ont assisté au déshabillage juridique
d’un texte qui manifestement préoccupe mais surtout inquiète la
profession
Le nouveau décret organisant la Lecture publique est-il en
adéquation avec la législation, quelles sont ses failles juridiques,
ses points forts ? Quel est le regard que portent d’autres
partenaires culturels vis-à-vis des objectifs de ce nouveau texte ?
Comment le Conseil des bibliothèques se positionne-t-il par rapport
à ce décret ? Voici, en résumé, les grands points qui furent abordés
par les intervenants.
- Céline Romainville :
juriste, assistante en Droit constitutionnel à l’UCL, plus
particulièrement spécialisée dans les questions relatives au « Droit
à la culture ». Son intervention porte essentiellement sur les
dispositions du nouveau décret et sur leur adéquation avec le Droit
constitutionnel. Elle se montre très critique par rapport à ce texte
même si elle reconnait le caractère louable de ses intentions.
- Antoinette Corongiu :
directrice faisant fonction de la Fédération des Maisons de jeunes
en Belgique francophone, apporte le regard d’une personne très
impliquée dans le domaine culturel mais en recul par rapport au
secteur « Lecture publique ». Elle a participé aux formations sur
les plans de développement de la lecture et, par son témoignage,
elle souhaite livrer aux bibliothécaires présents l’état des
nombreuses réformes qui sont intervenues ces dernières années dans
d’autres secteurs culturels que celui de la lecture. Elle se veut
rassurante, confiante et positive.
- Jean-Michel Defawe,
invité à titre de Président du Conseil des bibliothèques, a assisté,
avec tous les membres de l’assemblée qu’il préside, à la naissance
de ce nouveau texte tant attendu par la profession et promis par la
Ministre depuis trois ans... Il ne cache pas que l’accouchement fut
très difficile et insiste sur l’important travail d’accompagnement
réalisé par les membres du Conseil des bibliothèques qui mit
régulièrement sur la table de nombreuses pistes de réflexion issues
notamment des conclusions des Journées de « La Marlagne » en
septembre 2005. Actuellement, il est partagé, se dit à moitié
satisfait mais se veut prospectif. Toutes les énergies doivent être
en effet centrées vers les futurs « Arrêtés d’application ». Ceux-ci
seront en effet déterminants et leur rédaction doit continuer à
mobiliser la profession.
- Une centaine de bibliothécaires
dont certains inquiets par rapport à cette nouvelle
organisation et aux implications qu’elle entraîne.

Petit résumé sous forme lexicale des questions abordées, des points
soulevés, des impressions émergentes suite à ce brassage d’idées et
de témoignages.

A comme acquis.
Certains bibliothécaires ont l’impression que ce décret détricote
les nombreux acquis qu’ils ont mis plusieurs années à
installer.
A comme APBD.
L’APBD organise cette matinée. Et, comme le précise Laurence
Boulanger dans son allocution, son association souhaite se mobiliser
et représenter les bibliothèques dans le combat qui reste à venir
pour la mise en œuvre des arrêtés d’application.
A comme arrêtés d’application.
Alors qu’il y a quatre ans que l’on attendait ce décret, Jean-Michel
Defawe fait remarquer que l’on aurait été en droit d’attendre que
les arrêtés d’application voient le jour pour le mois de
janvier 2009. A l’heure actuelle, ce qui apparaît, c’est que la
sortie de ces arrêtés sera pour le prochain gouvernement. La
Ministre a répété que c’était un choix, pour laisser la liberté à
ses successeurs. Selon le Président du Conseil des bibliothèques, il
faut se centrer sur ces arrêtés et surtout associer à la démarche
les deux associations professionnelles de bibliothécaires.
A comme associations professionnelles de bibliothécaires.
Selon Jean-Michel Defawe, les associations professionnelles
sont mieux reconnues grâce à ce décret qui leur octroie davantage de
moyens demandés depuis de nombreuses années.

B comme balise.
Jean-Michel Defawe qui se dit partagé sur ce nouveau texte, se veut
en partie rassurant. « Ce décret, c’est un peu comme une
balise , précise-t-il. Il nous faut croire aux arrêtés
d’application ».
B comme blessure.
Quand on écoute les témoignages de certains bibliothécaires, on
ressent une blessure. « Blessure » de ne pas être reconnu
dans tout le travail qui a été réalisé jusqu’à présent. « On
ressent du mépris dans l’exposé des motifs du décret », explique
cette bibliothécaire. « Mépris et non-reconnaissance par rapport à
tout le travail effectué depuis des années. Ce regard dévalorisant
par rapport à la profession est dur à affronter », conclut-elle.

C comme clarté.
Selon Céline Romainville, le manque de clarté du décret est
en lui-même condamnable, tant au regard de l’exigence de la légalité
en matière d’ingérences dans les droits fondamentaux, requise par la
Cour européenne des droits de l’homme, qu’en termes de légistique et
de qualité des textes, comme l’a souligné le Conseil d’Etat.
C comme coach.
Ceux-ci accompagnent le plan de développement de la lecture. Mais,
comme le souligne Jean-Michel Defawe, « il est surprenant
qu’aucune personne ayant gravité dans l’univers de la Lecture
publique n’ait été choisie pour assurer cette mission ».
C comme concertation.
De nombreux représentants de la profession se plaignent de ne pas
avoir été suffisamment concertés. Impression que relève
également Céline Romainville dans ses conclusions.
C comme Conseil des Bibliothèques.
Le Conseil des bibliothèques, représenté à cette matinée par son
Président, Jean-Michel Defawe, a pour mission de rendre des avis sur
l’orientation des politiques en matière de lecture publique en
Communauté française. Le Conseil actuel, installé
officiellement depuis septembre 2007, est composé de vingt membres.
Jean-Michel Defawe rappelle que le Conseil a été très actif
dans toute la réflexion préparatoire à la rédaction du nouveau
décret et que le travail fourni par l’ensemble des membres a été
considérable. Il insiste sur le fait que, même si ce décret n’est
pas parfait, on a échappé à un autre décret ! De nombreuses
remarques ont été rédigées et envoyées aux représentants de la
Ministre dans le but de faire entendre la voix des professionnels de
terrain.
C comme Constitution.
Les dispositions du nouveau décret sont-elles constitutionnelles ?
Tel fut le thème abordé par la juriste invitée, Céline Romainville,
lors de son exposé. Celle-ci passe en revue une série de points qui,
selon elle, pourraient poser problème au niveau du Droit et plus
particulièrement par rapport à l’obligation pour ce décret de ne pas
régresser par rapport au précédent. (Voir Standstill)
C comme Cour constitutionnelle.
S’il s’avère que le décret n’est pas compatible avec les normes
constitutionnelles, Céline Romainville précise que l’on peut
porter un recours devant la Cour constitutionnelle pour en réclamer
l’annulation. Jean-Michel Defawe fait remarquer que cette procédure
est très longue et fort coûteuse. De plus, trouver des parties
brimées par le décret ne sera pas simple tant que les arrêtés
d’application ne seront pas connus dans le détail.
C comme coup de gueule...
Certains bibliothécaires ont vraiment envie de pousser leur « coup
de gueule ». « Les plans de développement, on n’a pas attendu ce
texte pour les mettre en place, déclare une bibliothécaire. Et,
« dans l’exposé des motifs du décret, on ne trouve aucune remarque
positive sur tout le travail effectué depuis des années. Par contre,
on peut lire des messages qui sous-entendent clairement que les
bibliothécaires n’ont pas été capables de s’insérer dans le tissu
culturel. Ce regard dévalorisant est très lourd à vivre ».
C comme craintes.
Les craintes sont nombreuses par rapport à ce décret. Une des
plus récurrentes semble être en rapport avec la mise sur pied des
plans de développement de la lecture. (Voir « plans stratégiques »)

D comme déception.
Ce décret déçoit une grande part du monde de la profession
qui ne se sent pas suffisamment reconnue. Il déçoit également Céline
Romainville « On s’attendait à ce que le décret réponde aux
exigences du droit à la culture et comble les déficits en termes de
couverture du réseau en zone rurale, d’allégement des tâches
administratives du personnel, d’adaptation aux nouveaux médias et
aux nouvelles technologies et de refinancement du secteur. Or, ce
décret est assez imprécis et il faudra sans doute attendre les
arrêtés d’exécution pour comprendre mieux certains points ».
D comme décrets.
La refonte du décret de 1978 a été réalisée dernièrement par
le décret relatif au développement des pratiques de lecture organisé
par le Réseau public de la Lecture, adopté le 28 avril 2009 au
Parlement de la Communauté française. Cela fait quatre ans que la
profession l’attendait...
D comme développement.
Comme le rappelle Antoinette Corongiu, les bibliothèques, à l’instar
des organisations pour la jeunesse, ne peuvent plus aujourd’hui
continuer à être centrées uniquement sur leur développement
en tant qu’institutions ou organisations. « Cet axe est bien
entendu important, précise-t-elle, mais à l’heure des mutations et
de l’émergence de publics très fragilisés, il y a urgence à
réfléchir à un projet politique stratégique qui va mettre en lumière
toute une série d’acteurs avec lesquels on n’a pas l’habitude de
forcément travailler ».

E comme étonnement.
Céline Romainville s’étonne devant la rapidité avec laquelle
le décret a été fait ! Selon elle, il a été conçu un peu à la hâte
et en plus, n’a pas tenu compte des études antérieures faites en
Communauté française
E comme évaluation.
Si le temps qu’il faudra consacrer à la mise sur pied des plans de
développement inquiète, l’énergie qu’il faudra dégager pour arriver
à faire une évaluation correcte et fiable est aussi au centre
des inquiétudes et des préoccupations.

F comme FIBBC.
Jean-Michel Defawe, président de la FIBBC, espère que les
deux associations professionnelles seront associées pour la mise sur
pied des arrêtés d’application.

I comme inspection.
Antoinette Corongiu insiste sur le rôle qui devra être joué par l’inspecteur
dans la mise sur pied des plans de développements. « Ceux-ci
devront sans doute jouer un rôle important de concertation dans la
naissance et conception de ces plans », déclare-t-elle. En tout
cas, dans les autres secteurs, elle affirme que c’est ce processus
qui est d’application.

L comme liberté d’association.
Selon Céline Romainville, il s’agit du premier grand angle d’attaque
du décret car, selon elle, celui-ci peut d’abord s’analyser comme
étant en contradiction avec la liberté d’association. Elle
s’explique. « Le subventionnement est établi à la condition que
les bibliothèques libres adoptent des statuts dont l’objet est
presque entièrement établi dans le décret. Les éléments de la
Convention conclue entre les différents PO sont également largement
décrits dans le décret. Le problème se porte également sur
l’obligation d’intégrer certains objectifs d’autres groupements dans
le plan quinquennal. Enfin, en ce qui concerne l’exigence du respect
de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, il est frappant
de constater que le décret oblige pour ainsi dire les associations à
enquêter sur les opinions de leurs membres, au détriment de la
liberté d’association et de la vie privée. Il faudrait vérifier si
ces ingérences dans la liberté d’association sont légalement
précisées, poursuivent un but légitime et sont proportionnées ».
L comme logique.
Antoinette Corongiu fait remarquer que le secteur de la jeunesse
auquel elle appartient a, lui aussi, dû accepter d’entrer dans cette
logique des plans stratégiques d’actions. Au niveau de la
Lecture publique, on parle de plans de développement de la lecture.
Ailleurs, on les appelle autrement mais la logique est la même.

P comme plans stratégiques.
Un plan de développement de la lecture. Pourquoi ? Manifestement, la
mise sur pied de ces plans inquiète énormément. Premièrement,
par rapport à la formation dont disposent les bibliothécaires. « Notre
formation initiale de laquelle sont totalement absentes les notions
d’’éducation permanente, nous permet-elle de posséder les
compétences nécessaires à la mise sur pied de ces plans
stratégiques ? » déclare une bibliothécaire. En second lieu, par
rapport au temps qu’il faudra consacrer à ces plans de
développement. « Où trouver le temps nécessaire pour mettre sur pied
ces PDL, alors que nous ployons déjà sous le poids de dossiers
administratifs à remplir », souligne un membre de la profession.
Enfin, certains s’inquiètent de n’avoir reçu aucune précision sur
qui, au final, approuve ces plans de développement.
P comme petites bibliothèques.
La place réservée aux petites bibliothèques et le sort qui
pourrait leur être réservé suite aux nouvelles dispositions
préoccupent beaucoup. « Pour les petites bibliothèques qui
disposent d’un seul emploi, il sera concrètement impossible de mener
de front plan de développement de la lecture, animations, élagage
etc... », explique une bibliothécaire. « Pourrait-on imaginer qu’une
petite bibliothèque fasse un plan de développement un peu
minimaliste sans grand projet extraordinaire ? », conclut-elle.
Autre intervention : « De nombreux bibliothécaires sont seuls.
Comment en effet concilier votre rapport d’activité pour la
Communauté française et celui pour votre PO et, en plus, tous les
quatre ans, faire votre plan de développement de la lecture. Ce ne
sera pas gérable au quotidien pour les petites bibliothèques qui
n’ont pas beaucoup de personnel ». « Une bibliothèque d’une petite
commune pourrait-elle faire un PDL minimaliste sans grand projet
extraordinaire ? Il n’y a aucune précision sur la question qui
permettrait d’être rassuré ». Au sujet de cette crainte,
Françoise Dury s’exprime. Quoiqu’elle comprenne les craintes de ses
collègues, elle explique à l’auditoire que, si l’on s’en réfère au
décret, il n’y aura plus aucune bibliothèque qui ne disposera que
d’un seul emploi mais bien d’un emploi et demi.
P comme profession.
De nombreux bibliothécaires se plaignent que le terme relatif à
la profession de bibliothécaire ne soit pas inscrit au décret.
Au titre de « bibliothécaire », le décret préfère celui
« d’opérateur culturel ». Selon certains, c’est inquiétant et
dévalorisant. Certes il est intéressant de pouvoir s’adjoindre des
informaticiens ou des animateurs mais il reste précieux et important
que la profession soit mieux prise en compte et reconnue.

R comme rapport d’activités.
On pensait que, pour alléger le travail du bibliothécaire, ce
rapport d’activités serait supprimé voire allégé afin de dégager
du temps pour les PDL. Déception car rien n’est prévu à cet égard
dans le nouveau décret.
R comme réciprocité.
Jean-Michel Defawe fait remarquer qu’il est certes très intéressant
d’obliger les bibliothécaires à s’intégrer dans une démarche commune
avec les autres structures culturelles mais s’étonne par contre
qu’aucune mention n’oblige les autres structures à prendre contact
avec les bibliothèques ! « On aurait souhaité davantage de
réciprocité », conclut-il !
R comme recul.
Ce décret recule-t-il par rapport au décret de 1978 ? Cette
question mobilisa une grande part de l’intervention de Céline
Romainville. (Voir « standstill »)
R comme réfléchir... et comme renforcement.
Selon Antoinette Corongiu, ce décret encourage la profession
à réfléchir sur l’ensemble des processus à mettre en place à
long terme. « Le fait de se projeter sur quatre ans permet
d’avoir une visée à long terme et de ne pas rester figé dans la
réalité que l’on vit sur le moment, ce qui est capital »,
conclut-elle. De plus, les PDL induisent un renforcement de
l’action des différents acteurs culturels pour travailler sur des
problématiques que l’on aura identifiées mais surtout observées
ensemble. Et cette notion de renforcement est primordiale.
R comme réforme.
Antoinette Corongiu insiste sur le fait que les réformes ne
sont jamais faciles. Mais la profession n’a pas le choix ! A un
moment donné, on doit s’interroger, se remettre en question. Et elle
cite en exemple les nombreuses réformes qui ont touché ces dernières
années d’autres partenaires culturels dont notamment ceux des
organisations de la jeunesse dont elle fait partie et qui ont dû
s’adapter eux aussi...

S comme sanction.
Selon Laurence Boulanger, cette « évaluation-sanction » des PDL pose
problème et inquiète. L’évaluation du Service de la lecture publique
va essentiellement porter sur la réussite ou non des objectifs du
PDL. Et, selon Laurence Boulanger, c’est cette évaluation-sanction
qui pose problème.
S comme standstill : « effet standstill ».
La juriste aborde un point important relatif au « standstill »
qui oblige le législateur à ne pas régresser par rapport au plus
haut niveau garanti du droit. En résumé, le nouveau décret ne doit
pas régresser par rapport au précédent ! Le standstill interdit donc
à l’Etat de régresser dans la réalisation de ses obligations de
respecter, de protéger et de réaliser. Cependant, si l’Etat prouve
que la régression s’accompagne d’une compensation, elle peut être
justifiée, s’il est vraiment établi que l’Etat a tenu à utiliser la
marge de manœuvre mise à sa disposition, et s’il est vraiment établi
qu’une compensation s’opère et comble la régression. « Mais,
précise-t-elle, si cette obligation est plus aisée à vérifier dans
les domaines économiques et sociaux, dans le domaine culturel, la
vérification est beaucoup moins évidente car les termes employés
font référence à des notions plus floues ». Néanmoins, selon
elle, ce décret recule par rapport au décret précédent.
Elle s’explique :
Pour rappel, la législation de 1978 encadrait le droit d’accéder à
la lecture de multiples manières, et le niveau de protection du
droit était assez élevé. L’obligation faite aux pouvoirs locaux
d’instituer une bibliothèque publique, la professionnalisation de la
profession, les crédits alloués, le financement pérenne des
institutions de lecture, les missions de base développées, la
liberté allouée aux bibliothèques de s’organiser etc...,
constituaient un niveau élevé de réalisation du droit d’accéder aux
bibliothèques publiques.
Le décret de 2009 porte atteinte, ou plus exactement pourrait, en
fonction des arrêtés d’application, porter atteinte de maintes
façons à ce niveau de protection pour divers motifs :
La suppression de l’obligation pour les communes de créer ou
d’organiser une bibliothèque. Cette obligation, qui posait certes
problème dans le cadre de la répartition des compétences, aurait dû
être repensée ou faire l’objet d’un accord de coopération. Sa
suppression pure et simple n’est pas satisfaisante car elle ouvre la
voie à une diminution de la couverture universelle du territoire par
les bibliothèques publiques.
La mission de démocratisation de la culture - pourtant primordiale-
des bibliothèques est négligée et n’est pas renforcée dans le sens
d’une adaptation aux médias modernes. Une discussion peut s’ouvrir
dans ce cadre : est-ce que les nouvelles missions, plus liées à des
objectifs de démocratie culturelle, peuvent venir remettre en cause
fondamentalement les missions de démocratisation culturelle que
remplissaient les bibliothèques ? En termes de buts poursuivis, une
analyse et une clarification doivent être établies.
- Le haut niveau de protection du droit à la culture est
également remis en question par une fragilisation des bibliothèques
elles-mêmes, c’est-à-dire des institutions qui permettent l’accès à
la lecture : o Le financement pérenne des services d’accès universel
aux collections est supprimé et remplacé par un fonctionnement en
termes de contrat programmes ; o Les tâches administratives sont
considérablement alourdies ; o Le refinancement n’apparaît pas de
manière évidente ; o Il semble possible, au travers de l’obligation
d’adhésion au catalogue collectif, d’imposer aux bibliothèques
publiques l’utilisation de programmes informatiques et de logiciels
coûteux, qui alourdiront encore les frais non directement alloués à
l’accès à la culture pour tous, alors que beaucoup de bibliothèques
utilisent des ressources qui constituent à elles seules des bijoux
de liberté culturelle et d’accès à la culture.
Le haut niveau de protection du droit à la culture est également
fragilisé par la remise en question de la professionnalisation du
secteur puisqu’on ne trouve pas trace nette d’une exigence de
formation particulière pour les acteurs des bibliothèques.
Le haut niveau de protection du droit à la culture est également
atteint en ce que le décret vise parfois particulièrement certains
groupes, oubliant de consacrer un droit universel à tous, et semble
parfois instituer une discrimination à rebours. Il faudrait appuyer
la mission de service universel d’accès des bibliothèques.
Le problème principal du décret selon le Conseil d’Etat est son
absence de clarté et les grandes délégations opérées au profit du
gouvernement. Dans ce cadre, il est difficile de voir parfois clair
dans les mesures adoptées par le décret et l’éventuel recul qu’elles
amènent.
S comme synergies.
Ce décret veut développer des synergies. Certes, elles
existaient déjà mais le décret veut les renforcer et les mettre en
perspective.

V comme vie privée.
Céline Romainville démontre que, par différents aspects, le décret
pourrait être jugé contraire à la vie privée et notamment
concernant la constitution d’une base de données des emprunteurs
pour le payement des Droits d’auteurs. « En effet,
l’établissement d’une base de données recensant les lecteurs peut
être la porte ouverte à certaines dérives. Cette base de données
peut également être considérée comme étant contraire à la liberté
d’expression et d’opinion, considérée dans son versant négatif,
c’est-à-dire le droit de ne pas révéler ses opinions ».
Propos recueillis par Françoise Vanesse
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