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Regards croisés sur nos coups de coeur
Le temps de la colère
Gérard DURIEUX
Un récit qui inquiète, surprend, choque et bouscule. Des pages qui
parlent de dérives et dont la lecture vous laissera sans doute un
peu désemparés... mais aucunement déçus !
O’DEIL Tawni, Le temps de la colère, Belfond, 10/18 3647, 2004
Au centre de ce roman très dur, Harley le narrateur. A vingt ans, il
est seul responsable de ses trois plus jeunes sœurs : Amber (seize
ans) la volage, rétive à sa tutelle ; la mystérieuse Misty (douze
ans), au visage de désespérée, silencieuse et fermée ; et Jody,
naïve enfant de six ans, agaçante de pertinence, fragile lumière au
cœur de ses sombres journées.
Ce jeune encore à la recherche de lui-même, se trouve tiraillé entre
un passé douloureux et un présent sans avenir : sa mère, patiente et
effacée, a tué son père, une brute au « sourire beurré ». Et le
voilà prisonnier de ces relations incertaines que Betty la
psychologue l’aide à explorer. Sa vie ressemble à sa « caisse » : un
fouillis de détritus au fonds duquel traine la photo de mariage de
ses parents. Quand il croise Callie dans le magasin où il travaille,
entouré de collègues bornés ou débiles, il croit rencontrer l’amour
et découvrir la femme. Il entretient alors avec cette voisine mère
de famille, une brève relation aussi frénétique que pathétique.
Le récit alerte et grinçant, inquiète et surprend, choque et
bouscule. L’écriture épouse le style direct du jeune narrateur,
marquée par les contradictions et les violences de langage de cette
vie à la dérive. Si d’emblée nous sommes entrainés, sur la parole du
héros, à la découverte des secrets de cette famille pulvérisée,
c’est lentement, au rythme de Harley lui-même, que nous prenons
conscience du gâchis et de son issue inexorable.
Ce livre « coup de poing » est un magnifique portrait de jeunes,
éprouvant, révoltant. On peine à reprendre souffle tant sa lecture
laisse en nous une trace, vive, pareille à celle d’une blessure.
Mais son réalisme cru nous garde de tout discours lénifiant : des
vies sont saccagées dès l’enfance, sans grand espoir de résilience.
L’éducation n’est pas qu’une affaire de cœur ; elle concerne toute
la société. Accompagner des jeunes relève à coup sûr de l’option
politique et la prévention s’impose à nous comme un engagement
d’amour.
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