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Regards croisés sur nos coups de coeur
La religion
Gérard DURIEUX
Un roman historique volumineux et haletant où l’on retrouve, tissés
dans une langue à la fois réaliste et poétique, tous les ressorts de
la dramaturgie romanesque...
WILLOCKS Tim, La religion, Sonatine, 2009
Encensé dès sa parution (« éclatant, puissant, étourdissant »), ce
récent et volumineux roman historique, ne déçoit pas. Tous les
ingrédients du genre (quête initiatique, secrets et complots
politico-religieux, luttes de pouvoirs, violence et passion
amoureuse...) y sont tissés avec une maîtrise confondante de tous
les ressorts de la dramaturgie romanesque, dans une langue à la fois
riche, réaliste et poétique.
Les faits historiques ? Au milieu du 16ème siècle, Malte occupe une
position stratégique en méditerranée : elle verrouille l’accès de
l’Occident chrétien aux troupes ottomanes de Soliman le Magnifique.
Le 18 mai 1565, cent trente-huit galères turques débarquent 38000
hommes sous le commandement du pacha Mustapha. Le siège de Malte
commence et durera des mois. La ville est alors défendue bec et
ongles par les chevaliers de l’Ordre de Malte, communauté de moines
guerriers dénommée « La religion ». Ils ont à leur tête un stratège
de premier ordre, Jean de La Valette, grand maître de l’Ordre.
Tout l’art de Tim Willocks ne réside pas seulement dans
l’exploitation narrative d’une érudition impressionnante ou dans la
description haletante et récurrente des nombreux assauts de cet
affrontement monumental. Il tient surtout dans sa capacité à rendre
ses personnages inoubliables à force de dialogues percutants et de
subtiles descriptions psychologiques. L’agencement équilibré de ce
contrepoint délicat entre « fureur » et « rumeur » fait toute la
force de ce récit assourdissant, symboliquement traversé par la
musique d’une viole de gambe et d’une brassée de rose sang. Que
l’auteur nous y invite aussi à réfléchir sur des questions de
toujours, y ajoute une rare profondeur : la recherche de la vérité,
le choc meurtrier des cultures et des appartenances religieuses, la
politique et la religion... Bref, on quitte à regret les compagnons
de cette palpitante « Iliade maltaise », jusqu’aux volumes à venir
de la trilogie annoncée.
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