Regards croisés sur solitude et engagement
L’insoumise
Gérard DURIEUX, fibbc
Une biographie alerte de Simone Weil, cette brillante personnalité à
la trajectoire fulgurante dont l’existence fut rythmée par
l’engagement intellectuel mais surtout par le désir obstiné de vivre
le sort des plus pauvres et des opprimés.
ADLER Laure, L’insoumise, Actes Sud, 2008
La célébration récente du centième anniversaire de la naissance de
la philosophe Simone Weil a débouché sur la publication de très
nombreux ouvrages.
Celui de la journaliste et écrivain Laure Adler, « livre
d’admiration », propose une alerte biographie de cette personnalité
d’exception et constitue une approche très accessible de l’ œuvre de
cette icône de la pensée contemporaine. Au fil d’une
vingtaine de courts chapitres, le récit remonte le temps : de sa
mort à Londres, le 17 août 1943 à sa naissance à Paris, le 3 février
1909... Ses études d’enseignante, ses luttes syndicales, son travail
en usine, sa prise de position dans la guerre d’Espagne, son exil à
New-York et son engagement final pour combattre avec les siens la
barbarie du régime nazi... A travers tout cela, la décision obstinée
de vivre le sort des plus pauvres, des opprimés, de ceux qui
souffrent.
« Vierge rouge » accablée, sa vie durant, de migraines lancinantes
et mue par la « nécessité intérieure » de mettre jusqu’au bout
son existence en accord avec ses aspirations extrêmes. Agaçante
d’exigence, cette oratrice monocorde mais convaincante, peu
soucieuse de sa mise, milite sans répit, lit pour apprendre encore
et produit des textes de haute volée, éblouissants de rigueur
conceptuelle, passionnés, ardents d’ « une intelligence qui brûle »,
soutenus par une culture prodigieuse, une curiosité insatiable de
l’homme et une quête implacable de la vérité. Le tout ponctué par
une pléthore de rencontres avec des intellectuels très renommés et
qui marquèrent eux aussi leur époque. Adler explore pas à pas la
trajectoire fulgurante de cette existence toute vibrante de
rencontres, de prises de position en actes, d’entêtements et dont il
n’existe que très peu « d ’équivalent » dans l’histoire de la
philosophie. Elle nous aide à saisir en quoi cette intellectuelle
engagée fascine par son courage impressionnant,« sa qualité
d’attention » et son absence de compromission.
Mais l’auteure peine davantage à nous faire entrer dans le
mystère de cette affamée d’absolu, à évoquer sa rencontre avec
le Christ, à dénouer ses incohérences sur sa judaïté et son rapport
à l’Église... On approfondira dès lors avantageusement ces questions
spirituelles avec le livre remarquable de Christiane Rancé Le
courage de l’impossible ( Seuil, 2009). Le texte plein d’humour
de sa nièce, Sylvie Weil, Chez les Weil, (Buchet-Chastel,
2009) nous la rend très humaine en ses contradictions. Au terme de
cet ouvrage néanmoins percutant, on saisit mieux la nécessité, pour
notre monde à la dérive, de se tourner vers la clairvoyance et les
questionnements de cette « athlète de la pensée ». Et l’urgence
d’entendre l’affirmation de Camus qui, à la lecture de
L’enracinement, le « grand œuvre » qu’elle rédigea à la fin de sa
vie : « Il me paraît impossible d’imaginer pour l’Europe une
renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a
définies
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