L’argent, Dieu et le diable
Gérard Durieux, fibbc
En nous plongeant de manière critique dans l’univers littéraire de
ces trois écrivains catholiques mais surtout de ces trois résistants
furieusement visionnaires que sont Péguy, Bernanos et Claudel, le
célèbre journaliste nous livre, par leur intermédiaire, un plaidoyer
pour une société moins dynamitée par le pouvoir de l’argent.
JULLIARD Jacques, L’argent, Dieu et le diable, Flammarion,
2008
Historien et essayiste, directeur délégué de la rédaction du
Nouvel Observateur, engagé dans des activités syndicales,
éditoriales, universitaires et journalistiques, cet homme de gauche
nous aide ici brillamment à relire ces trois écrivains catholiques :
Péguy, Bernanos et Claudel. Embarqués plutôt qu’engagés, mais
nullement embrigadés. Faillibles mais sans complaisance. En état
de fureur permanente. Chacun polémiquant avec verve et férocité
selon son tempérament et dans son style. Et l’ancien collaborateur
de la revue Esprit de marquer leurs différences, tout au long
de l’ouvrage et avec une extrême finesse. Péguy le colérique, en
sécession délibérée, croyant anticlérical, républicain mystique,
moine journaliste s’affirme, dès l’affaire Dreyfus et jusqu’au bout,
comme le plus exemplaire des intellectuels modernes. Au nom de
l’honneur perdu.
Exemple achevé de l’apostat que se doit d’être tout véritable
intellectuel, le sanguin Bernanos quant à lui est ce perpétuel
renégat en cela qu’il sacrifie, jusqu’à l’exil intérieur,
littéraire et politique, ses confortables certitudes face au
« scandale de la vérité ». La guerre d’Espagne le fera passer du
roman à une littérature de combat toute de diatribes incandescentes.
Claudel, polémiste jubilatoire, diplomate errant, poète de partout
et de nulle part, arpente à grand souffle et en boulimique curieux
la géographie réelle et symbolique de tous les mondes nouveaux.
Académicien et notable, il reste en dépit de ses outrances et de ses
faiblesses, le rebelle universel, hanté par la sainteté qui brûle
toute lâcheté. Mais ces trois-là ont un ennemi commun : l’argent. Et
à travers lui, c’est le monde moderne, ses impostures et son
mercantilisme qu’ils dénoncent prophétiquement.
La lecture de ces pages passionnantes nous arrache à la vulgarité
ambiante. Car en relisant ces trois résistants, furieusement
visionnaires, Julliard ne fait pas d’abord œuvre de critique
littéraire. Il nous livre aussi les clés de sa réflexion politique
et de son long combat pour « refonder » la gauche française si mal
en point. On s’en convaincra davantage encore en parcourant la
réédition de son livre d’entretiens : Le choix de Pascal dans
lequel l’« anarchiste chrétien » y brosse son autobiographie
intellectuelle et affine sa critique radicale du libéralisme et du
socialisme bureaucratique. L’échange s’ouvre sur la proposition
d’une sorte d’écologie spirituelle dans un monde qui asphyxie, une
voie nouvelle qui ne négligerait pas de regarder le passé en face.
Tonique.
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