Regards croisés sur identités meurtries et pouvoirs meurtriers
Les
identités meurtrières
Gérard Durieux, fibbc
Le récit d’un humaniste qui, face à la marée haineuse et si souvent
meurtrière des conflits ethniques, invite ses contemporains à
assumer harmonieusement et sans sectarisme leurs identités
composées.
MAALOUF Amin, Les Identités meurtrières, Grasset, 2001. LP
Né au Liban en 1949, Amin Maalouf vit en France depuis 1976.
Romancier, essayiste, journaliste et historien, cet humaniste
interroge ici la notion cruciale d’identité à partir de son
expérience personnelle.
Face à la marée haineuse et si souvent meurtrière des conflits
ethniques, culturels et religieux, il dénonce inlassablement nos
propres connivences avec la « bête identitaire » et plaide
avec sagesse pour un humanisme ouvert : il est urgent « d’apprivoiser
la panthère » pour devenir des « êtres frontaliers » à la
dimension de l’aventure humaine.
Riche de son histoire singulière, Maalouf invite donc ses
contemporains à assumer harmonieusement et sans sectarisme leurs
identités composées.
Entre les violences jumelles de l’intégrisme et de la
désintégration, il faut, répète-t-il, se situer sans tergiversations
comme « citoyens de ce monde fascinant et déroutant » en
accueillant comme une chance la diversité des appartenances
multiples.
Ces propos de mesure et d’ouverture sont loin de n’être qu’un tissu
de belles idées utopiques et naïves. La réflexion de l’auteur
s’appuie notamment sur l’étude documentée et éclairante des rapports
entre les religions et les sociétés : entre le Christianisme et la
société occidentale d’une part, entre l’Islam et son contexte
sociopolitique d’autre part. Par ailleurs, la deuxième partie de
l’essai est consacrée à un examen pertinent des risques et des
chances de la mondialisation.
Lucide, il n’ignore pas par ailleurs que son vibrant plaidoyer pour
« l’humanité de l’homme » se heurte à la réalité de mille
violences quotidiennes. Raison de plus pour s’en imprégner et le
transmettre aux générations nouvelles vers lesquelles il se tourne
en achevant cette œuvre claire et salubre comme une randonnée de
plein vent :
« Pour ce livre... je formulerai le vœu que mon petit-fils,
devenu homme, le découvrant un jour par hasard dans la bibliothèque
familiale, le feuillette, le parcoure un peu puis le remette
aussitôt à l’endroit poussiéreux d’où il l’avait retiré, en haussant
les épaules et en s’étonnant que du temps de son grand-père, on eût
encore besoin de dire ces choses-là ».
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