Pourquoi êtes-vous pauvres ?
Gérard DURIEUX, fibbc
Un reportage fleuve et éprouvant qui explore la pauvreté et où
dérivent les portraits de désespérés dont le parcours esquisse
quelques réponses à la compréhension de leur condition.
VOLMANN William T., Pourquoi êtes-vous pauvres ?, Actes Sud, 2008
Fasciné par les milieux interlopes et marginaux (drogués,
prostituées, criminels), ce journaliste, photographe et écrivain,
auteur d’une œuvre protéiforme et né en 1959 à Los Angeles, s’
imprègne d’une expérience vécue ou observée sur le terrain pour
écrire ses essais d’investigation. Ainsi, pour ce dernier
ouvrage en français, il a sillonné des années durant la planète pour
explorer la pauvreté. En Russie, Chine, Japon, Afghanistan,
Colombie, Yémen, Thaïlande, États Unis, ... il arpente le monde
des miséreux en leur posant une seule question apparemment
incongrue : « Pourquoi êtes-vous pauvres ? ». Il a observé,
écouté avec un maximum de respect, cherchant à comprendre, au-delà
des systèmes, les causes de leur condition, laissant ses
interlocuteurs occuper le devant de la scène. Montrer et comparer.
Tenter de conférer un sens à des phénomènes, sans condescendance.
Son récit éprouvant où observations, réflexions et impressions
dialoguent avec ses cent trente photographies en noir et blanc, nous
entraîne à la rencontre personnelle d’une infinité de laissés pour
compte. Avec le talent du romancier, il brosse le portrait de
figures inoubliables : Sunee la fataliste, Natalia la russe et ses
enfants, les oubliés chinois de Nanning, Gary le philippin, les
contaminés du centre pétrolier de Tengiz au Kazakhstan, les esclaves
des caïds chinois de la traite humaine au Japon. Et tant d’autres
désespérés qui dérivent à chaque page, emportés par le courant de
ses obsédantes interrogations : « Qu’est-ce que la pauvreté ? Tous
les pauvres sont-ils malheureux ? Quelles sont donc les dimensions
de la pauvreté ? ». S’il retient l’invisibilité, la difformité,
le rejet, la dépendance, la vulnérabilité, la douleur,
l’indifférence et l’aliénation, c’est toujours pour évoquer des
visages, des vies croisées, des destins entrevus, en refusant tout
raccourci pour dire la misère.
Devant un tel tableau, on reste en attente de perspectives
positives. Mais ses rencontres, du Mexique au Kenya, pulvérisent nos
réponses toutes faites, toutes les théories savantes et l’espoir
invincible d’un changement. « Que peuvent-ils faire pour s’en
sortir ? » s’inquiète-t-il. Espérer, accepter, fuir, prendre les
armes... ? Le lecteur n’échappe pas, on s’en doute, à la levée de
sentiments contradictoires : consternation, colère, honte,
culpabilité, résignation ou indignation. Miroir de notre monde
jusqu’en ses coins les plus reculés, ces pages éreintantes
témoignent sans moralisme. Voilà comment vivent les hommes. Ce
texte brut n’est pourtant pas qu’un reportage magistral mais
neutre : il convoque en nous l’humain qui sommeille et se terre. En
cela il nous éveille, nous grandit et nous remet en chemin
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