Bouquiner
Un portrait de lecteur peint avec talent, doigté et humour par cette
sérieuse éditrice, aquarelliste de surcroît...
FRANCOIS Annie, Bouquiner, autobiobibliographie, Points
Seuil, 2000
Gérard DURIEUX
Pour le plaisir, déguster d’une traite, avec la boulimie et
l’autisme du « lecteur en apnée », cette « biobiblio » jubilatoire
d’une camée de bouquins. Puis, pour prolonger et décupler la
jouissance, relire au petit bonheur des entrées de cet abécédaire
désordonné, la cinquantaine de textes vifs, ciselés, offerts en
miroir à notre addiction majeure.
Et sourire de ses manies, de ses (nos) rituels paranoïaques, de
parti pris (marque-pages ou pages cornées ?), d’allergies ou
d’obsessions qui nous renvoient à notre propre pathologie de
liseurs.
Bref, nous reconnaître - fierté ou confusion- dans ce portrait que
brosse avec humour et talent notre très sérieuse éditrice d’essais
historiques et sociologiques. Aquarelliste de surcroît. Alors saluer
la connivence intelligente que distillent ces pages de « gai
savoir ». Et nous réjouir que ce petit volume salubre et tonique
avoue sa parenté d’esprit avec le presque classique Comme un roman
de Pennac.
Chaque rubrique foisonne aussi de dizaines de références égrenées
comme autant de suggestions de lecture.
Mais, comme si elle compatissait soudain à « l’effroi » qui nous
étreint devant ces tentations en cascade, la cruelle se fait
complice en avouant son inculture, sa peur des « chefs -d’œuvre » :
« Une sainte trouille me saisit avant l’immersion ». Et en vient
même à délivrer, au cœur de sa « folie », le propos de sagesse qui
console et absout : « A chacun, chaque jour, son rythme. Et que nul
ne s’en mêle ni ne juge ». Roboratif.
En contrepoint à cette exploration ludique de la « tribu des
bouquineurs », la Petite philosophie du lecteur (Milan 2008)
de Frédérique Pernin propose également sous forme d’abécédaire une
série de regards obliques sur l’étrange passion de lire.
D’ « Affinités » à « Zoïle » en passant par « Hypnose » cette
agrégée de philosophie nous entraîne dans un parcours aussi
passionnant qu’accessible. Fondées sur les grandes œuvres
classiques, ses réflexions explorent le plaisir démiurge que le
lecteur partage selon elle avec l’écrivain : « le plaisir de voir
l’ordre naître du chaos et d’accompagner cette naissance ». Ou
l’art de ne pas lire idiot.
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